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L’enseignant sénégalais mérite mieux !

En 2006, je me suis une fois amusé à demander à mon maître de primaire : pourquoi ils partent chaque année en grève. C’était vraiment l’occasion pour lui d’expliquer pour la première fois à son élève les raisons de leurs mouvements d’humeur. Pourquoi ils n’évoluent presque pas? Pourquoi il est venu nous enseigner au village au lieu d’être à Dakar, auprès de sa famille. J’avoue qu’à cette période, il était loin de me convaincre, car les jugements sociétaux m’avaient déjà berné. Plus de 10 ans après, alors que ce même héros est toujours cloué à plus de 200km de sa famille dont ses enfants, alors que ce sont ces mêmes soldats de la craie blanche qui continuent à former des cerveaux, à guider et orienter des enfants et adolescents, à créer une crème de l’élite sénégalaise,  … Il faut donc « rendre à César ce qui est à César ».

« César » c’est qui ? C’est tous ces hommes et femmes, soldats de l’école, envoyés dans les coins et recoins du pays avec tous les risques encourus. Ces mesdames et messieurs dont je n’ai rencontré et connu que des meilleurs méritent mieux. Aujourd’hui l’enseignant sénégalais endure, presque lui seul les humiliations et les conséquences de la faillite d’un système éducatif et social. Il est devenu la cible première de n’importe qui pour parler de l’échec du système, un échec dont le seul responsable c’est le système lui-même.

Depuis des décennies, l’enseignant est agressé physiquement, verbalement et psychologiquement. Ils sont là, nous enseignent, nous forment, mais c’est eux seuls qui savent ce qu’ils endurent. En plus c’est devenu basique pour n’importe qui de se permettre de traiter l’enseignant de tous les noms. Si Aujourd’hui leurs élèves n’ont plus la passion de devenir enseignants, c’est parce qu’ils ont vu leurs mentors laissés en rade par la société, l’Etat, bref par le système dans lequel ils sont sensés évolués. Les enseignants sont les seuls fonctionnaires de l’État à ne pas bénéficier des mêmes rémunérations que les autres aux mêmes échelles hiérarchiques. Ce déclassement du corps professoral renforce le mépris à la fois des élèves, des parents et de l’ensemble de la société. Et pourtant, c’est ce même enseignant qui forme tous ces autres profils. Qui serait ingénieur sans l’enseignant ? Qui allait nous soigner sans l’enseignant ? Qui allait être inspecteur ou DG d’autre corps sans l’enseignant ? Qui allait construire, planifier, gouverner sans l’enseignant ? Comment ce texte allait voir le jour sans l’enseignant ? Bref, l’enseignant est le citoyen qui mérite le plus, je le dis et j’y insiste.

Enfin à tous les enseignants et enseignantes, nous présentons nos compliments, nous vous rendons hommage pour tout ce que vous avez fait, car, comme dit Chateaubriand, la vie est un “funeste présent”. Nous y ajoutons qu’en être enseignant au pays de Senghor est un revers.

Bara Diaw – Responsable éditorial

 

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