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A la découverte de la meilleure production : Vaincre de Ndeye Marie Aida Ndiéguène

Le Groupe Info études vous fait découvrir le texte qui a permis à Ndeye Marie Aida Ndiéguène de remporter le concours “La Parole aux Etudiants” organisé en Mars 2016 lors des journées économiques de Dakar par le Cercle des Economistes Français et l’EUA Dakar. Le thème du concours était ‘Imagine ta vie en Afrique demain”. 

VAINCRE

 

                     Par Ndéye Marie  Aïda NDIEGUENE

Songe,

Me ronge,

Dans l’obscurité

Je plonge,

 

Happé, désarmé,

Terre apparait,

Enfants apeurés,

Armes dégainées,

Afrique dépouillée !

 

Songe,                                                                                                                                      

Me ronge,

Dans la lumière,

J’aperçois,

Terre grandit,

Opportunité naquit,

 

Rêve interrompue,

Ni peurs, ni craintes,

Plus qu’une envie,

Vaincre !

 

 

Le bruit dans les bus, cette femme aux formes généreuses qui monte tenant son petit panier garni de légumes. Les cris incessants des passagers toujours anxieux de rater leur arrêt. La  dame au téléphone qui raconte sans gène ses problèmes de couple d’une voix haut perché. Offrant ainsi aux oreilles indiscrètes une belle occupation. Les secousses du bus me donnent le tournis. Mais quelle délicieuse aventure je vis là ! On ne sent lasse jamais car chaque voyage  est comment dire… particulier. Enfin  mon arrêt,  je descends malgré moi en manquant de peu de m’écraser sur le trottoir. Je me ressaisis à temps heureusement ! Je fus soudain frappée par une inexplicable hilarité. Cette vie ne manque pas de rebondissements. Pensai-je alors.                                                                                                                                    Des centaines de jeunes gens se pressent dans la même direction que moi. Parfois interrompus dans leur marche par un marchand ambulant désireux d’écouler sa  marchandise. Je les évite moi-même tant bien que mal. Enfin, j’y suis ! L’Université ! Une longue marche m’attend encore pour atteindre ma faculté. Le temps de laisser mon esprit vagabonder…

Je me vois roulant dans une somptueuse voiture loin des turpitudes de la vie d’étudiant. Je me vois rouler à vive allure (dans les limitations de vitesse bien sur) dans une Afrique qui n’aura rien à envier au reste du monde !

Finie l’Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales, les guerriers ont abandonné les arcs et les flèches et sont  dorénavant armés de stylos, de sacs à dos et d’ordinateurs mais ce n’en pas moins des guerriers. Car  assurément ils sont animés d’une véritable rage de vaincre !

Je vois une Afrique qui assume son Africanité. Je vois une Afrique multiraciale, multi ethnique, multi confessionnelle, sans guerres, ni conflits.

Une Afrique de paix… Une Afrique unie. Lorsque j’imagine l’Afrique, je ne vis plus au Sénégal. Je vis dans les États-Unis d’Afrique car j’ai conscience qu’il n’ya point de différence entre nous et que ces frontières ont été édifiées malgré nous !  J’ai conscience qu’il n y à point de différence entre le peulh de Guinée, du Sénégal, du Gabon, du Togo. Que le bambara du Mali est celui de Guinée. J’ai conscience que nos langues traditionnelles ont des consonances phonétiques étranges. Jamais personne ne sait dit que ces frontières ont séparé des frères ? Que ces frontières  ont divisé des familles ? Que ces frontières ont brisé nos liens ?… Il ne s’agit pas là d’abandonner notre identité, d’abandonner nos nations, il s’agit là  de nous enrichir les uns et les autres, dans  le respect de la législation de chaque pays.  Car dans  Etats unis, il  ya  Etat donc un gage de liberté mais il  ya également unie un gage de prospérité. J’ai conscience que  je ne parle Français que parce que mon africanité est corrompue. Oui corrompue ! A l’image de ma Terre-mère qui a perdu son identité !

Je ne veux pas me vêtir de soie d’Inde, ni de coton du Bangladesh où des firmes internationales font travailler des enfants pauvres pour vêtir des enfants… pauvres… Et comme souvent nous nous complaisons dans notre pauvreté… Ils nous prennent même nos pauvres sous ! Oh que non, je ne  veux plus de cette Afrique là ! Je  veux me vêtir de wax  et de basin. Je veux que mes chaussures soient fabriquées par les cordonniers de mon quartier. Je veux que nos bus soient aux couleurs des car- rapides ! Peignez-les en vert, en jaune et en rouge !  Car ce sont ces couleurs qui nous symbolisent ! Ce sont des couleurs que nous avons presque tous en commun. Je rêve que dans mon assiette, il  n y ait que des produits issus de mon Afrique ! Oui mon Afrique !  Le  possessif n’est pas dérangeant car l’Afrique, il faut y vivre pour vibrer à chacun de ses aléas…  Ma Terre est plus complexe qu’elle n’y parait.

J’ai conscience qu’une révolution peut être menée à mon échelle et avoir une répercussion continentale. Je rêve de me déplacer dans mon Afrique, sans aucune contrainte aux frontières de pays où  habitent mes frères. Oui Frères ! Car jamais je ne frapperai à la porte de mon propre frère sans qu’il ne soit animé du désir de l’ouvrir.

Libre échange !

Liberté économique !

Laissez nous donc faire du commerce  avec nos frères !

Créer donc cette espace où nous pourrons circuler sans contraintes dissuasives ! Si les richesses du Sénégal, du Mali, du Congo, du Togo, de la Guinée, de la Mauritanie, du Gabon, de la Mozambique, de l’Afrique  du Sud et de tous les pays d’Afrique pouvaient se combiner.  Alors l’Afrique serait un Géant ! Au géant aux pieds taillés dans le roc !

Pourquoi associez mes richesses avec un  voisin plus pauvre que moi ? Certainement car quant on parle de ton voisin, on parle de l’Afrique donc par ricochet on parle de toi.  Et si l’on qualifie ton Afrique de pauvre Afrique alors malheureusement, frère, tu es dans cette pauvre Afrique. L’acceptation de soi n’est pas simplement humaine, elle est aussi valable à l’échelle des pays.

Pas d’union fantoche ! Scellée devant les caméras de télévision mais qui n’a d’union que de nom ! Je ne m’associe pas pour moi, je m’associe pour nous. Sachez que le moi est haïssable car il  ne mène qu’à un individualisme contraignant. Et qui dit individualisme, dit échec ! Car il me semble qu’il n y ait rien sur Terre capable de se suffire à soi-même !

Alors interactions, actions, union, libre échange et l’économie nous sourit ! 

Afrique, mon Afrique !

Des millions de jeunes !

Des milliards de possibilités !

Des centaines de milliards d’idées !

Et un unique frein : la confiance en notre potentiel…

Est-ce dont utile de me freiner ? Nous sommes jeunes, rigoureux et combattifs. Et nous sommes capables de mener notre continent vers le succès.

Je me vois ingénieur,                                                                                                         bâtissant des ponts sur les grands fleuves d’Afrique,                                                  rejoignant des contrées à travers des routes que j’aurai moi-même imaginé.  Trouvant de nouvelles formes d’énergie pour mon continent.                                    Travaillant dans des laboratoires,                                                                              développant les industries.

Je me vois médecin. Combattant les virulentes maladies qui emportent notre jeunesse.

Je me vois écrivain, dénonçant avec verve les non dits de notre société. Développant l’imaginaire de nos jeunes esprits lunatiques.

Je  me  vois enseignant, éveillant les jeunes esprits pour construire une  Afrique faite d’intellectuels.

Je me vois agriculteur. Soulevant la Terre, récoltant  les fruits d’un dur labeur  pour nourrir ma  nation.

Je  me vois financier dans un impeccable smoking en wax, travaillant d’arrache pied pour mon continent.  Je n’envie en rien les traders de  Wall Street car eux ne connaissent pas la rage qui nous anime.

Je me vois développeur, programmeur, web-manager, car à l’ère du  numérique, l’Afrique n’est pas en reste.

Je rêve d’une Afrique fière de ses ambitions.

Mon futur ne se conjugue pas avec des voitures volantes, des robots faisant le travail  des humains, des hommes un peu partout dans l’espace. !

Mon futur se  conjugue avec autosuffisance alimentaire, éradication des maladies infantiles, éducation pour tous, développement des énergies renouvelables, fin des conflits fratricides, respect de la démocratie, de la liberté d’expression,  du droit des peuples à choisir leur  destin !

Je rêve d’une Afrique en phase avec ses réalités ! Une Afrique en phase avec ses priorités ! Une Afrique qui ne  se retourne pas pour regarder son voisin mais qui établit un plan de développement propre à l’Afrique.  On ne construit pas de maisons de retraite en Afrique, pas parce qu’elles sont trop couteuses ! Non ! Mais  parce qu’aucun d’entre nous ne mettrait sa mère ou son père en maison de retraite. Ce  n’est pas un exemple péjoratif mais simplement une  réalité que  l’on ne peut nier. A chaque peuple ses réalités !

Je  rêve d’une Afrique qui a conscience que  son Président ne s’appelle ni Barack Obama, ni  François Hollande ! Mais bien Macky Sall ou Jacob Zuma !

D’une Afrique qui pleure les morts des autres car elle a grand cœur l’Afrique ! Mais  d’une Afrique qui n’oublie pas ses propres morts !

Non je ne rêve plus, je me réveille  d’un sommeil millénaire, d’un état léthargique  trop souvent souligné !

Arrêtons donc de faire de notre passé, l’unique source de notre retard. Ne me parlez plus d’esclavage, ni de colonialisme. Et soyez dont heureux de n’avoir pas reçu une bombe nucléaire sur notre sol car assurément avec cet état d’esprit, l’Afrique ne se serait jamais relevée ! Je ne rêve pas d’une Afrique amnésique ! Non loin de là mon idée ! Je rêve d’une Afrique qui aura fait de sa souffrance une arme !

 

Il ya des événements que l’on ne peut nier, ni  oublier. Je ne renie pas mon passé car ma cicatrice est visible ! Je ne renie pas les combats D’El hadj Malick Sy, de Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul,  d’Aline Sittoé Diatta, De Lat Dior Ngoné Latyr Diop….

Non je ne renie par Léopold Sédar Senghor, Thomas Sankara, Kaoumé Khroumah, Gamal Abdel Nasser, Nelson Mandela!

Non je ne renie rien ! Mais je doute … je doute qu’ils auraient voulu que le continent pour lequel ils se sont tant battus stagne et  ne se complaisent dans ce qui y a déjà été fait !

Lorsque de événements deviennent des boucs émissaires, sachez que votre passé a eu raison de vous ! Le fouet de l’esclavagiste a-t-il eu raison de toute auto-détermination de l’homme noir et cela jusqu’à sa descendance ? Non ! Car même enchainés nous sommes libres, notre esprit est libre ! Epicure…

Notre voix a un poids, nos richesses ont un poids sur l’échiquier mondial. Ils ont besoin de nous autant que nous avons besoin d’eux !

Nous avons  l’or, le pétrole,  le zircon, la bauxite, le potassium,  l’argent, le diamant, autant de richesses qu’ils rêveraient de détenir… Nous sommes cependant trop occupés à combattre nos propres frères ! Pendant que nos richesses sont  pillées…

 Je rêve d’une Afrique qui encourage l’auto- entreprenariat dynamique, la création des petites et moyennes entreprises porteuses d’idées nouvelles et novatrices. Une Afrique consciente que sa jeunesse est un atout a encouragé !

Ma somptueuse voiture sera  donc  100 % Made in Africa. Que mes pneus soient fabriqués au Mali, mon moteur en Côte d’ivoire, mon volant au Togo, mes gentes au Gabon et ma carlingue au Sénégal, peu m’importe ! Au final,  c’est l’Afrique qui gagne, une Afrique au pluriel.

Je ne veux plus que l’on fui l’Afrique, je veux que l’on vienne  en Afrique, berceau de toutes les opportunités. Et s’il le faut j’irai chercher le  savoir jusqu’en Chine pour le ramener en Afrique car moi je suis aussi un pilleur, un pilleur de savoir !

 

 

Eté,

Chaleur,

Protestations se meurent,

 

Douce,

Apaisante,

Dans le fond de tes yeux,

Douleur se noie,

 

Paix, gaieté,

Sur le pli de tes lèvres,

Peur se fond,

 

Solide,

Eternel,

Tout au fond de ton cœur, elle demeure,

L’envie de

Vaincre !

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