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le Miroir de l’école sénégalaise

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A LA DECOUVERTE DE CELLES QUI ATTENDENT DE FATOU DIOME

La femme de lettre peint la société dans un contexte marqué par l’émigration clandestine favorisée par les rivalités entre coépouses. Une œuvre de près de 400 pages qui relatent le mode de vie dans certaines sociétés sénégalaises

Arame et Bougna, mères, respectivement, de Lamine et Issa, deux émigrés clandestins. Elles ne comptaient plus leurs printemps, mais chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui devait tenir la demeure sur les galeries creusées par l’absence. Mais comment dépeindre la peine d’une mère qui attend son enfant, sans jamais être certaine de le revoir ? Coumba et Daba, quant à elles, humaient leurs premières roses : jeunes, belles, elles rêvaient d’un destin autre que celui de leurs aînées du village. Assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles s’étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix. Mariées, respectivement à Issa et Lamine, l’Europe est leur plus grande rivale. Esseulées, elles peuvent rester fidèles à leur chambre vide ou succomber à la tentation. Mais la vie n’attend pas les absents, derrière les émigrés, les amours varient, les secrets de famille affleurent ; les petites et grandes trahisons vont alimenter la chronique sociale du village et déterminer la nature des retrouvailles. Le visage qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait.

Dans cet ouvrage, l’auteure aborde le thème de l’immigration clandestine de deux manières. D’une part, le récit se déroule en Afrique et Fatou Diome se place du côté de ceux qui restent.  D’autre part, l’immigration est évoquée sous un point de vue féminin. Les femmes sont les héroïnes de ce roman. Elles sont mères et épouses et attendent. Elles font preuve de courage, de détermination et de combativité face au vide incommensurable laissé par ceux qui sont partis. L’attente se fait longue. Des jours. Des mois. Des années. Au fur et à mesure, les espoirs suscités par le départ en Europe s’amenuisent et font place au désespoir, à la tristesse et à l’amertume.

Cette souffrance se vit en silence, elle se vit à l’intérieur. On ne la montre pas, on n’en parle pas. La dignité prend le dessus sur ces sentiments inavoués. Ces femmes transcendent la peine qui les dévore pour continuer à avancer pour leurs familles, leurs enfants et leurs maris partis depuis si longtemps mais qui restent toujours présents, et dont le retour est tant espéré. Elles ne deviennent pas la force des choses le pilier de leurs familles.

A travers le roman, on constate que le poids des traditions joue un rôle dans l’immigration. La polygamie pratiqué au Sénégal, pousse l’une des mères à envoyer son fils en Europe afin de rivaliser avec sa coépouse.

Enfin, Fatou Diome se livre également à une analyse très critique des enjeux de l’immigration et dénonce dans plusieurs passages le mirage de l’Eldorado européen, les politiques migratoires du Vieux Continent ainsi que la place du continent africain à l’échelle internationale.

 

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