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20 Sujets de dictée au BFEM (à télécharger gratuitement)

Compilation des sujets de Dictée proposés au BFEM

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Dictée de 1992 – La nuit du coran

La maison était silencieuse. Le chevalier, étendu sur une chaise longue, dans la véranda, méditait. Les femmes groupéesautour de la mère de famille, causaient à voix basse. Samba Diallo sortit doucement de sa chambre dans la cour, se promena de long en large, puis lentement, préluda la nuit du Coran qu’il offrait au chevalier. Sa voix à peine audibled’abord s’affermit et s’éleva par gradation. Progressivement, il sentit que l’envahissaient des sentiments comme il n’en avait jamais éprouvé auparavant. Toute parole avait cessé dans la maison. Le chevalier d’abord nonchalamment étendu, s’était dressé à la voix de Samba Diallo et il semblait maintenant qu’en entendant la parole, il subit la même lévitation quiexhaussait le maître. La mère s’était détachée du groupe des femmes et s’était rapprochée de son fils. De se sentir écouté ainsi par les deux êtres au monde qu’il aimait le plus, de savoir qu’en cette nuit enchantée, lui, Samba Diallo était en train de répéter pour son propre père, ce que, de génération en génération depuis des siècles, les fils des Diallobé avaient fait pour leur père, de savoir qu’il n’avait pas failli en ce qui le concernait et qu’il allait prouver à tous ceux-là qui l’écoutaient que les Diallobé ne mourraient pas en lui, Samba Diallo fut sur le point de défaillir. Mais il songea qu’il importait pour lui, plus que pour aucun autre de ceux qui l’avaient précédé, qu’il s’acquittât pleinement de sa nuit… Longtemps, dans la nuit, sa voix fut celle des fantômes aphones de ses ancêtres qu’il avait suscités.

Cheikh Hamidou KANE « l’Aventure Ambiguë »

 

Dictée de 1993 – Une tentative de suicide

Le souvenir des souffrances éprouvées et des rêves avortés me plongea aussitôt dans un découragement sans nom. Les rues de la ville étaient presque désertes. Sur les trottoirs, des mendiants étaient encore accroupis. Je déplorais leur pauvreté enviais leur sérénité. De loin me parvint une musique suave. Je m’approchai : sur une piste de danse, des jeunes gens se trémoussaient au milieu de vifs jeux de lumières. Cette douce féerie de rythmes et de couleurs n’arrivait guère à me dérider. Et puis, j’avais une de ces faims ! De tant d’êtres humains, pourquoi étais-je, moi seul, la cible de la fatalité ?

L’idée de mettre fin à ma vie m’emplit soudain d’un profond soulagement. Des voitures passaient. J’eus un instant l’idée de me jeter sur la chaussée. Mais le choc n’était pas assez violent pour me gratifier d’une mort instantanée ! Et si par malheur je m’en tirais seulement avec de légères contusions ! Non ! Je voulais en finir au plus vite. Alors je résolus de me pendre haut et court. J’entrai dans une échoppe. Sur les rayons étaient rangés des rouleaux de corde qui mefascinaient. Je voulus en acheter quelques mètres. Hélas ! Le boutiquier me réclama un prix trop élevé. Je n’avais pas assez d’argent J’eus beau l’adjurer et le conjurer, il refusa de me consentir un rabais. Je sortis tristement, contraint de renoncer à mon suicide.

Oumar Sankharé« La nuit et le jour »

 

Dictée de 1994 – La chasse aux libellules.

Je connais toutes les libellules qui hantent les après-midi ensoleillés de l’habitation : Les grosses, rouges comme desgroseilles, ou marron clair, avec de belles ailes transparentes et droites, bien faites pour être pincées délicatement entre deux doigts. Les plus petites, brunes, aux ailes courtes, jaunâtres, ou traversées d’une raie noire, nerveuses celles-là,sensibles à l’approche de nos mains, farouches. !

Enfin, plus aristocratiques, plus rares, les aiguilles” si ténues et si légères qu’on distingue à peine la petite boule d’or fin qui en forme la tête et la gaze pervenche qui soutient leur vol. Nous savons que les grosses sont faciles à saisir et qu’il suffit de les laisser se poser et d’attendre qu’elles aient faiblement rabattu leurs ailes.

Facile pour moi, qui sais marcher sur la pointe des pieds, sans faire de faux pas, et qui possède l’art d’étouffer en marchant le crissement des feuilles sèches. Moi qui sais juger infailliblement à quelle distance et à quel moment il faut s’arrêter, allonger la main et tendre tout le corps en souplesse, pour refermer le pouce et l’index sur les ailes de la bestiole au repos. Facile pour moi, qui sais, sur une branche bien garnie, saisir une libellule de chaque main, presque en même temps.

Quoi qu’il en soit, celles-là sont les premières que les novices réussissent à tenir. Tandis qu’il faut un doigté et une belle expérience pour les ailes courtes qui, nerveuses, méfiantes, restent toujours relevées, prêtes à s’envoler au moindre bruissement, à l’approche la plus cauteleuse. On réussit quand même parfois.

Joseph Zobel, « La Rue Case-Nègre »

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