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Monsieur le ministre, où va l’enseignement supérieur sénégalais? (Lettre ouverte)

A monsieur le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation

Monsieur le ministre, cette lettre n’est pas destinée à votre personne, mais au département qu’elle porte: l’enseignement supérieur que vous avez déjà qualifiée d’une “affaire de toute la société” lors de votre dernière conférence à l’Université de Saint Louis.

Monsieur le ministre, cela a fait des années que nous publions, nous informons sur l’enseignement supérieur, mais à chaque fois il y a une question qui nous taraude: “où va l’enseignement supérieur sénégalais?”. Nombreux sont les étudiants et les étudiantes que cette interpellation taraude quotidiennement. Simples citoyens, acteurs de l’enseignement supérieur, activistes de la société civile, voire responsables moraux sont normalement dans ce même questionnement.

Aujourd’hui, on perçoit chez l’étudiant sénégalais un sentiment réel de désespoir, d’incertitude, de doute, de déception, lesquels sont, on le sait, les premiers facteurs d’abandon et de désintérêt. Certes, nul n’ignore les réalisations de votre ministère, mais il semble que les priorités ont été oubliées. Monsieur le ministre, vous incitez les étudiants à poursuivre leurs études au Sénégal alors que vous ne les avez pas mis dans les bonnes conditions. Ce sont ces mêmes étudiants qui courent derrière la modeste somme de 18 000 ou 36 000 Francs pour survivre. Dans votre politique vous voulez encourager les bacheliers scientifiques, alors que ce sont ces mêmes têtes que vous orientez à la Fac lettre. Monsieur le ministre, dans les réformes de l’enseignement supérieur que vous avez vous-même initiées, il y a une place super importante écrite pour la recherche et l’innovation. Vous voulez que nos étudiants découvrent, créent et innovent au moment où il n’y a que du sel et du sodium dans nos laboratoires.

Monsieur le ministre, nos programmes universitaires ne font que fabriquer des chômeurs. Les étudiants sortent de l’université sans la moindre préparation professionnelle. Ce sont ces mêmes étudiants avec des masters en poche, qui cherchent des stages. Parce que même pour avoir un emploi, les entreprises leur demandent des expériences de 5 à 10 ans. Monsieur le ministre, savez vous que vos étudiants en Licence 3 ou en Master quittent le campus pour faire des concours de niveau baccalauréat? Et pour ces concours, des sommes faramineuses non remboursables leur sont souvent demandées, sans tenir compte de celles à verser à l’Office du Baccalauréat pour avoir une simple “attestation spéciale”. Vous allez peut-être demander pourquoi une telle attestation, parce que vous n’êtes surement pas au courant de cette galère que nous fait subir l’Office du Baccalauréat pour le retrait de nos diplômes, des diplômes qui nous sont de droit, mais pour les obtenir, il nous faut des années, voire des décennies.

Monsieur le ministre, cette année, tout le monde vous a applaudi pour votre décision de ne pas orienter de bacheliers à l’UFR SAT de l’UGB à cause du retard qu’elle a subi. Mais qu’en est-il pour l’Université Virtuelle du Sénégal, dont la première promotion de 2013 traîne encore pour la Licence? 4 à 5 ans pour une licence de 3 ans n’est-il pas un retard?

Monsieur le ministre, je vous écris depuis l’étranger, avec une licence Pro en poche sans le moindre centième de l’Etat, malgré mon Baccalauréat S1. Et ce sont autant d’étudiants au Sénégal ou à l’étranger qui ont vécu ou qui vivent la même situation ou la pire. Et pourtant ils finissent par s’en sortir. Autant vous dire monsieur le ministre, que l’étudiant sénégalais ne demande pas beaucoup, il n’est ni agressif ni paresseux. Il a juste besoin de considération et que ses besoins élémentaires sont réglés. Vous ne pouvez pas former un “Sénégal émergent” sans passer par cet étudiant.

On nous accuse d’un manque de niveau qui est le résultat des très graves lacunes et problèmes qui entachent l’éducation, telle qu’elle est prodiguée depuis plusieurs décennies dans notre pays. Trop de vos étudiants ignorent vos réformes et vos textes. Parce que personne ne leur a appris à les reconnaître.

Monsieur le ministre, en attendant une réponse à ma question “où va l’enseignement supérieur sénégalais?”, j’y ajoute une seconde: “Où est l’Etat dans tout ceci?” Comment comprendre ces nombreuses écoles qui s’ouvrent par ci et par là, sans que leur diplômes ne soient reconnus par le CAMES ou par l’ANAQSUP? La question est logique au moment où vous orientez des bacheliers dans ces mêmes établissements. Ces mêmes bacheliers ne sont pas parfois suivis.

C’est comme si dans ce secteur, personne ne rend des comptes à personne. Sinon, comment pouvons-nous nous taire devant ces nombreux problèmes qui affaiblissent notre enseignement supérieur? Ce dernier a besoin d’actes qui concordent ses discours. Il a besoin de se ressaisir, de retrouver la voie et la voix de l’autorité, de comprendre que tout comportement, selon les cas, mérite punition ou récompense, peu importe la personne mise en cause. A quoi servent les textes, s’ils ne sont pas compris, et encore moins appliqués par et pour nos étudiants?

Veuillez recevoir, monsieur le ministre, l’expression de mes salutations les plus patriotiques.

Bara Diaw

Responsable éditorial – Infoetudes.com

baradiaw@infoetudes.com

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