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le Miroir de l’école sénégalaise

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Contribution : La politique, l’autre front Camarades. ( Par Pape Ibrahima Ndiaye)

La faucheuse a encore frappé au « temple du savoir » le 15 mai 2018. Mouhamadou Fallou Séne, 26 ans, en licence de lettres, a succombé à ses blessures suite à des affrontements entre forces de l’ordre et étudiants à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Ce jeune homme, espoir d’une famille à Diourbel, marié et père d’un petit enfant, a été tué par balle. Plus d’une vingtaine de ses camarades ont été blessés lors des violences avec les gendarmes.

Apres cet évènement tragique, loin d’être un cas isolé dans nos universités, une vague d’indignations s’en est suivie. Comme à l’accoutumée, le nœud du problème est le retard du paiement des bourses. Elle n’est pas, contrairement à ce que certains peuvent penser une offrande mais plutôt un droit pour tout étudiant de la percevoir à la fin du mois. Mais vues les conditions dans lesquelles, il la perçoit, certains n’ont peut-être pas tort de songer l’assimiler à une aumône. L’étudiant  déserte les amphithéâtres, passe la nuit devant une banque pour espérer recevoir son dù.

Au Sénégal, l’expression étudiant « l’élite de demain », frôle la dérision.

Osons le dire ! L’Etat, les régimes qui se sont succédé ont échoué dans leur gestion des universités. Pour une bonne partie de la population, l’étudiant est loin d’être un « intello ». Il est casseur ou un enfant gâté à qui on sert sur un plateau d’argent 18000 ou 36000 francs CFA. Et pourtant, la réalité est connue de tous, un secret de polichinelle, l’étudiant sénégalais sert les dents pour manger ce qu’on lui sert au campus social et inhale les gaz lacrymogènes ou sacrifie sa vie pour obtenir une satisfaction.

Depuis la disparition de notre cher Fallou, paix à son âme, les réactions fusent de partout. Si certains à travers les medias s’attardent sur le faux problème des franchises universitaires et une soi-disant « ignorance » des étudiants les concernant, le monde estudiantin quant à lui se préoccupe de l’essentiel.

Il a fait montre d’une combativité et d’un élan de solidarité, sans précèdent certainement. Quelques heures ont suffi aux étudiants sans distinction de « temple », ni de région ni de religion pour lancer une action. Celle symbolique de soutien du combat pour Fallou Séne et sa famille.

En quelques heures, ils ont pris d’assaut les plateformes de transferts d’argent. Chacun s’est senti concerné après cette tragédie. Et ce, Sous la houlette, de la Coordination des étudiants de Saint-Louis (Cesl), abattant un travail remarquable et décidée à balayer toute récupération politique.

La politique voilà ! un terrain sur lequel nous (étudiants), nous devons faire notre autocritique. Dans quelques mois, ça sera l’élection présidentielle au Sénégal, une compagne à grande pompe y compris dans les universités. Les étudiants vont être des cibles privilégiées des politiques comme d’habitude.

Et au « temple du savoir », chacun a le droit ou pas d’ailleurs de militer pour le parti de son choix, du pouvoir tout comme de l’opposition. Mais force est de constater que la politisation du campus ne profite guère aux besoins estudiantins. On ne parle pas de reformes, de systèmes d’évaluation ou celui des bourses et toutes les questions qui font couler beaucoup d’encres. Les étudiants portent souvent des combats qui ne sont pas les leurs. Ils se laissent diviser voire berner par les politiciens, loin des débats de fonds qui nous concernent. Pire, on se bat entre nous pour les causes désespérées d’un homme politique qui ne prend même pas la peine de ficeler un programme pour nos universités et de rendre compte le moment venu. Qu’avons-nous vu des promesses de campagne du candidat Macky Sall en 2012. Lui qui nous a fait miroiter un avenir meilleur ?

Il n’est pas rare de rencontrer à l’université des étudiants qui n’accomplissent pas leur droit de vote prétextant ne pas s’intéresser à la politique. Et pourtant ils sont les premiers à ressentir le poids des décisions que prennent les autorités. En sus de quoi, ils sont les premiers à pester des maux du système. L’objectif, n’est pas de devenir une redoutable bête politique. En revanche, que l’on soit pour ou contre la politique rien ne nous empêche de jouer pleinement notre rôle.

« Au temple du savoir », n’est-il pas temps de réitérer cet élan de solidarité du moment, sur l’échiquier politique pour nous faire respecter ?

Les étudiants se doivent aujourd’hui d’incarner cette nouvelle vision de l’engagement politique dans nos campus.

Notre élan de solidarité dans cette eau trouble dans laquelle nous baignons actuellement, est une preuve que nous pouvons représenter une force d’engagement et réflexion, et ce, sans arborer les mêmes bannières politiques.

Ce n’est pas une utopie nous sommes capables de le faire et on le doit à nos martyrs….

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